Lieux culturels

Le vieil hôtel de La Tour d'Aigues va devenir.... un fringant hôtel de Caumont

Janvier 2013

 
S'il est un hôtel qui méritait d'être mis en valeur à Aix, c'est bien l'hôtel de La Tour d'Aigues.
 
Construit par le président de Réauville sur les plans de l'architecte parisien Robert de Cotte, il a néanmoins bel et bien été édifié par les plus grands artistes et artisans aixois de l'époque.
 
L'hôtel brilla tout particulièrement de mille feux lorsqu'il échut à la famille Bruny de La Tour d'Aigues.
 
Cette famille richissime, passionnée de botanique et d'agriculture, y reçut tous les beaux esprits de l'époque de passage à Aix.
 
Pauline de La Tour d'Aigues y épousa le marquis de Caumont, noble avignonnais. Le couple ne vécut qu'une quinzaine de jours ensemble. Dernière de sa famille et sans descendance, Pauline de Caumont vécut recluse dans cet hôtel familial. Elle y entretenait le souvenir de l'Ancien Régime et de ses belles années passées avec les siens en ces lieux et dans le beau château de La Tour d'Aigues, incendié et pillé à la Révolution.
 
A sa mort, l'hôtel passa aux Négrel-Bruny. Propriété privée jusqu' au début du XXe siècle, il fut, ces dernières années, le Conservatoire de la ville.
 
Aujourd'hui, il est restauré par la société Culturespaces qui souhaite en faire un lieu d'exposition incluant un salon de thé et une librairie, une sorte de Musée Jacquemard-André provençal.
 
L'hôtel va donc aujourd'hui prendre définitivement le nom de Caumont, les historiens ayant hésité pendant tout le XXe siècle à franchir le pas.
 
Il est probable que, dans ce choix, Culturespaces voit une opportunité de capitaliser sur ce nom, connu déjà du monde culturel par l'hôtel avignonnais de cette famille qui accueille les collections d'art moderne du galeriste Yvon Lambert. 
 
Nous ne pouvons néanmoins que rendre grace à la société Culturespaces de s'atteler à la restauration de ce magnifique hôtel. Nous recommandons tout particulièrement à leurs soins le magnifique portail à carrosses, longtemps attribué à Toro et qui menace ruine.
 
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Témoin encore du passage des La Tour d'Aigues dans ces lieux, le beau garde-corps armorié en fer forgé qui orne la façade principale
 
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L'un des deux thermes (la jeunesse) dans l'entrée de l'hôtel, oeuvre conjointe du jeune Routier et d'Honoré Gastaud
 
 
Pour suivre le devenir de ce lieu, consulter : www.hoteldecaumont.com

Patrimoine aixois - Le coup de colère de La Tribune des Arts

"Le patrimoine d'Aix en Provence : entre espoir et inquiétude", un article de Didier Rykner

21 avril 2010

Sur son site internet, Didier Rykner dresse un état du patrimoine de notre ville.

Pour retrouver l'article dans son intégralité :

http://www.latribunedelart.com/le-patrimoine-d-aix-en-provence-entre-espoir-et-inquietudes

                                                                                                                                 

La vente du mobilier de l’hôtel de Saint Priest en Avignon

En cette fin d’année 2008, les collections de l’hôtel de Saint Priest ont été mises en vente. Parmi les nombres lots, il convenait de noter la présence de beaux portraits de famille XVII et XVIIIe siècles ainsi qu’un exceptionnel ensemble de sièges provençaux du XVIIIe siècle.

Assez curieusement, le mobilier du grand salon – qui avait été inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques- a été lui aussi dispersé mais avec une interdiction de sortie du territoire national. Aussi se pose la question du classement de tels ensembles : le mobilier n'avait qu'un intérêt in-situ et, en dehors de l'hôtel de Saint Priest, il n'a plus grand chose de remarquable par rapport à d'autres pièces de la même époque.

Le cas des hôtels particuliers avignonnais n’est pas très enviable : l’hôtel de Blanchetti est en cours de vente en divers lots. Quant à l’hôtel Forbin de La Barben légué par Marcel Puech à la Fondation Calvert, il serait actuellement lui aussi en vente.

                                                                                                                                        

La vente judiciaire du château d'Ansouis

S’il semble tout à fait superflu de commenter les conflits familiaux d’une des plus anciennes de Provence, nous pouvons tout de même regretter la dispersion des collections du château d’Ansouis.

 En effet, la demeure présentait un ensemble assez exceptionnel de mobilier provençal et de peintures anciennes (dont de nombreux portraits de famille) provenant des familles Sabran, Pontevès et des Isnards.

 

Faiences d’Apt ou de Moustiers, tapisseries, collections de monnaies ou encore d’armes anciennes étaient l’un des témoignages les plus vivants d’un héritage provençal en péril.

 

Le château d’Ansouis

Aujourd’hui, cet héritage familial et de nouvelles mains vont s’en saisir.

En Provence, tout cela se passe dans une indifférence quasi-générale. Si les communes aiment à capitaliser sur les valeurs provençales (danse, costumes et autres manifestations anecdotiques), plus personne ne se soucie de la vente du patrimoine régional et de sa dispersion aux quatre coins du monde. Pour s’en convaincre, il suffit d’aller voir les peintures murale de Fragonard à la Frick collection de New York ou encore la somptueuse collection de boiseries françaises du musée des Beaux Arts de Philadelphie…

Ansouis dispersé, peu de lieux subsistent encore en Provence avec une telle profusion d’objets d’art régionaux. Parmi les plus intéressants, il convient de citer le château de La Barben ou encore celui de Barbentane.

Pour voir encore de beaux souvenirs de la famille Sabran-Pontevès, il convient de se rendre en Aquitaine, au château de Cazeneuve, magnifique demeure de la Reine Margot et propriété de la branche cadette de la famille : http://www.chateaudecazeneuve.com

En outre, il est à noter que l’acquisition  du chateau d’Ansouis par M. et Mme Rousset-Rouvière, férus de patrimoine, est plutôt de bonne augure.

En guise de conclusion, il convient de citer Marie de Saint-Exupéry :

« L’essentiel est que demeure quelque part ce dont on a vécu. Et les coutumes. Et la fête de famille. Et la maison des souvenirs, l’essentiel est de vivre pour le retour ».

 

                                                                                                                                  

Musée du Vieil Aix, l'échec aixois

En 1936, une vieille demoiselle, Marie d’Estienne de Saint Jean, épaulée par Marcel Provence et quelques autres bonnes volontés, avaient jetés les fondations d’un merveilleux projet : un musée du Vieil Aix qui permettrait de présenter au public dans le cadre enchanteur d’un hôtel particulier de la ville, des collections visant à témoigner du passé glorieux de la ville et de ses richesses artistiques.

 

 Marie d’Estienne de Saint Jean

(coll. Ville d’Aix)

 Dès ses balbutiements, le projet séduit. Enfin la capitale de la Provence se dote d’un lieu comparable au musée Calvet d’Avignon ou encore au Museum Arlaten !

Sous la direction de Marcel Provence, le musée va voir ses collections s’enrichir. C’est que notre érudit guette tous les souvenirs aixois : boites de biscottins, faiences, tableaux anciens. Sous son impulsion, de nombreuses familles de la ville effectueront des dons au Musée.

Après la mort prématurée de ce digne aixois, le musée va lentement s’endormir. Il faudra l’arrivée de Mme Martin-Vignes pour l’animer. Sous son impulsion, de nombreuses expositions seront organisées : portraits de parlementaires, ex-voto, Jean-Antoine Constantin, les petits maitres d’Aix au temps de Cézanne, Vincent Roux… Chaque saison amène son lot de découvertes.

Néanmoins, malgré toute la bonne volonté de l’équipe, le musée souffre cruellement de moyens : les expositions ne font pas même l’objet de catalogues et plus aucune acquisition n’est effectuée. Il faut avouer que l’association fondée par Marie d’Estienne de Saint Jean ne constituait pas un socle solide pour pérenniser cette noble entreprise : le musée était géré par une association, l’entretien du bâtiment dépendait de l’Etat et les salaires étaient versés par la ville d’Aix.

Pour compliquer l’exercice, Marie d’Estienne de Saint Jean avait stipulé lors de la fondation du musée qu’en cas de dissolution de l’association qui le gère, l’hôtel particulier serait rendu à sa famille et les collections aux donataires…

 

 

 

Le hall d’entrée du musée du Vieil Aix 

(coll. Ville d’Aix)

Mais comment le Musée en est arrivé là ?

Voilà une question que beaucoup se posent. Comme à leurs habitudes, les vieilles façades aixoises préfèrent ne pas livrer leurs secrets.

L’association du musée du Vieil Aix a élu un nouveau président en 2007. La nomination d’un expert parisien en faience avait déjà quelque peu étonné. Bien qu’inconnu dans la ville, le nouveau président devait néanmoins apporter, par son implication dans le monde de l’art, un nouveau rayonnement au musée aixois. Du moins, c’est ce que l’on était en droit d’en espérer.

Hélas, le nouveau président semble avoir un peu trop bousculé l’équilibre budgétaire du musée, notamment par l’organisation de conférences réalisés -semble t-il- sans publicité.

Une fois les caisses vides, il ne restait au nouveau président qu’à déclarer l’association en redressement judiciaire et à s’en retourner à ses occupations parisiennes. A ce jour, aucune action en justice n’a été menée à l’encontre de cet éminent spécialiste.

Qu'en est-il des autres musées ethonographiques de Provence ?

En 2013, le musée Artaten est en cours de restauration. Crée par Frédéric Mistral et fort de l'attractivité culturelle d'Arles, ce musée remplit totalement son objectif. A Grasse, installé dans l'ancien hôtel de Cabris par les familles Carnot et Chirs, le musée Fragonard remplit pleinement son rôle en montant un beau panorama des Arts décoratifs provençaux.

A Aix, le musée du Vieil Aix a réouvert. Mais, il présente une vision très partielle des collections (à savoir seulement les pièces les plus remarquables) sans muséographie et sans ligne directrice. Le manque de budget et le manque de cohésion entre les différents musées aixois aboutissent à une cacophonie et, au final, les visiteurs de la ville d'Aix peuvent admirer les façades aixoises mais n'ont aucun moyen de décrypter ce que pouvait être la vie des parlementaires aixois ni prendre conscience de ce que pouvait être le raffinement des arts décoratifs provençaux.